Apprendre des langues étrangères pour comprendre la dyslexie chez l’enfant

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On parle beaucoup des bénéfices multiples de l’apprentissage des langues, comme leurs bienfaits sur le cerveau et sur la concentration, sans parler de l’utilité de parler plusieurs langues pour voyager, communiquer avec des personnes d’autres cultures, ou élargir ses compétences professionnelles. Aujourd’hui ce n’est pas de cela dont je veux vous parler. Mais d’un autre type de bénéfice: la compétence interculturelle, celle qui nous permet de nous mettre dans la peau de l’autre, notamment de celui qui apprend notre langue. Et ce n’est pas non plus des bénéfices que les enfants peuvent tirer de l’apprentissage des langues dont je vais vous parler, mais de ceux que vous pouvez tirez vous, en tant qu’adulte, pour vous aider à accompagner au mieux l’apprentissage des enfants.

Avez-vous remarqué combien on est critique parfois face à quelqu’un qui apprend notre langue? Avec les étrangers qui débutent le français ou qui le parlent couramment mais avec un accent. Mais aussi avec nos enfants, dans leur apprentissage de la lecture et de l’écriture notamment. Or, en apprenant nous-mêmes une nouvelle langue, on peut plus facilement relativiser les problèmes courants liés à l’apprentissage de notre propre langue et les comprendre.

Au fil de mes articles, j’aimerais partager avec vous quelques réflexions autour de cette thématique, aujourd’hui sur le thème de la dyslexie.

C’est en tombant par hasard sur ce lien que j’ai été frappée par le manque de tolérance et l’incompréhension dont font preuve bon nombre d’adultes, notamment des professionnels de l’éducation et de l’enseignement, face aux difficultés que rencontrent de nombreux enfants dans la différenciation de lettres très semblables comme le p et le q, le b et le d, le e et le a, le n et le u. Pour nous qui lisons couramment cela semble évident et ces lettres sont tout à fait différentes.

Mais qu’en est-il quand on entre dans la lecture? S’il y a bien une chose que je trouve formidable quand on apprend une nouvelle langue, et notamment une langue avec un système d’écriture différent du nôtre, c’est que l’on peut revivre à chaque fois ce moment unique où l’on déchiffre ses premiers mots. Je me suis souvenue de mon apprentissage de l’écriture arabe et plus récemment du japonais, même si ce dernier n’est pas encore achevé. Combien de lettres ou d’idéogrammes nous paraissent identiques ou très similaires! Un exemple simple: en arabe beaucoup de lettres ne se différencient que par la présence d’un, deux ou trois points au-dessus ou au-dessous de la lettre. Ne trouvez-vous pas que   ﺕ   ﺏ   ﺙ  se ressemblent beaucoup?  Ne croyez-vous pas que vous pourriez les confondre? Pourtant pour les personnes qui lisent couramment l’arabe elles n’ont rien à voir! Et elles sont moins ressemblantes que p, q, b et d qui sont finalement identiques et ne se différencient que par leur orientation!

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Les difficultés que nos enfants peuvent rencontrer lors de leur apprentissage de l’écriture sont similaires à celles que nous rencontrons en apprenant une écriture autre que le latin! On stigmatise les enfants ayant des problèmes de dyslexie, d’ailleurs il ne s’agit parfois même pas de vraie dyslexie, mais de troubles transitoires dans l’acquisition de l’écriture. Rappelons que l’histoire de l’écriture est très récente si on la compare  celle de l’humanité. Et n’oublions pas que cela ne fait qu’un siècle en France que tous les enfants ont la possibilité d’apprendre à lire et à écrire! Notre cerveau n’a pas encore eu le temps de s’adapter, et contrairement à ce qu’on voudrait bien nous faire croire, apprendre à écrire correctement, en respectant l’orthographe et qui plus est avec une belle calligraphie demande beaucoup de temps, des années!

Nous devons faire preuve de tolérance, et plutôt que de vouloir y voir une pathologie, accueillir les doutes et les erreurs avec empathie (ou bien changer de profession!!!) Comment vous sentiriez-vous si lors de vos premiers tâtonnements dans la découverte d’un nouveau système d’écriture en langue étrangère, au lieu de vous soutenir et de répondre à vos interrogations, votre prof vous disait que ce n’est pas normal de confondre  ﺕ   ﺏ   ﺙ (pour reprendre l’arabe), mettait sur votre difficulté un nom savant lié à une pathologie et vous disait d’aller voir un spécialiste pour remédier à ce grave désordre neurologique. Auriez-vous envie de continuer à apprendre cette langue? Si vous avez confiance en vous, vous décideriez au moins de changer de prof et d’aller voir quelqu’un de plus compétent (ce que votre enfant ne peut pas faire). Sinon, convaincu que vous êtes nul, vous laisseriez tomber, tout simplement(ce que votre enfant ne peut pas faire non plus, du moins pas en n’assistant plus aux cours, mais peut-être en s’évadant et en pensant à des choses plus intéressantes alors que l’on pointe sans cesse ses difficultés et qu’on lui demande de refaire toujours et encore la même chose…).

Si ce que je vous dis vous a parlé, je vous invite à partager cet article et à diffuser l’image ci-dessous afin d’essayer de faire prendre conscience de la disproportion de cette situation.

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Johanna Wagman dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article ! Je suis tout à fait d’accord, on pointe du doigt assez sévèrement les enfants (et les adultes) pour leurs erreurs et pourtant l’apprentissage de notre alphabet et de notre langue est aussi complexe et nouveau que les mathématiques. Et puis, oui je pense qu’il faut tendre vers une bonne maîtrise de notre langue, mais les erreurs en chemin sont la seule façon d’apprendre !
    J’ai aussi appris l’arabe et je confondait ces lettres tout le temps !

    1. Katy L'atelier Plurilingue dit :

      Merci pour ce commentaire. Oui, les enseignants sont généralement très critiques envers les erreurs alors qu’elles sont inévitables et ne sont pas du tout un problème, au contraire. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles dans le système scolaire français les élèves participent très peu, en classe de langues et dans les autres: ils ont peur de se tromper.

      1. Johanna Wagman dit :

        Exact ! Alors que sans erreurs pas d’apprentissage. J’entends trop souvent « je parlerai quand je serai meilleur », mais l’amélioration ne vient qu’en parlant. Le cercle vicieux ce perpétue ainsi !
        Merci pour ton blog en tout les cas, je continuerai à le lire assidûment 🙂

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