Un postier inopportun – Podcast 7e épisode

Pourquoi il est risqué de parler trop et trop vite

7e épisode du podcast The French Instinct

Un nouvel épisode tous les mardis!

Apprends le français authentique et idiomatique en contexte grâce à des ressources gratuites. Perfectionne-toi avec une prof de FLE française.

Niveau intermédiaire – avancé / B1-C2

Abonne-toi à The French Instinct

sur Podbean  sur Spotify  sur Itunes

« The French Instinct » 

« Parle, pense, vis en français et découvre d’autres horizons. Une émission proposée par Katy Beauvais » 

« Vous écoutez The French Instinct, une bulle francophone pour vous immerger dans le français authentique et vous perfectionner tout en vous proposant un moment de détente, de découverte et d’inspiration. Moi c’est Katy, je suis française, prof de français langue étrangère passionnée par les langues et tout au long de ces émissions on parlera de la vie de tous les jours, de la langue française, de la France mais aussi d’autres langues, d’autres pays, d’interculturel, d’apprentissage. Bienvenue dans ma bulle ! »

Commençons par une petite mise en situation : vous passez un entretien d’embauche, tout se passe pour le mieux. Même si vous êtes un peu tendu vous semblez à l’aise, vous sentez que le courant passe 1 bien avec vos interlocuteurs. Le plus dur est fait. Vous avez déjà abordé les points les plus délicats et on vous demande maintenant de parler de vos centres d’intérêt. Jusqu’à maintenant vous avez pesé vos mots 2, mais là la pression retombe et vous vous lâchez 3 un peu. Vous parlez avec enthousiasme de ces sujets qui vous passionnent et qui pourront sans aucun doute apporter un plus à cette entreprise. Tout le monde sourit, vous en profitez pour glisser quelques notes d’humour qui font leur petit effet. Vous sentez que c’est dans la poche 4. Mais là, tout à coup, c’est le drame. Alors que vous sentiez que vous aviez conquis votre auditoire, et bien que vous soyez resté à bonne distance -et oui en France il n’est pas bien vu de trop s’approcher des gens même avant le Coronavirus- et bien malgré ça, l’impensable s’est produit. La victime, la directrice des ressources humaines (DRH) 5, qui se trouve juste en face de vous, est pétrifiée. Les rires ont fait place à un silence de plomb. Les visages se sont décomposés puis figés en une expression d’effroi. La DRH se précipite dans le couloir pour regagner les toilettes au plus vite, vraisemblablement pour se désinfecter au gel hydroalcoolique, angoissée par le fait que que cette malheureuse gouttelette de salive projetée à vitesse grand V sur sa joue l’ait contaminée.

Postilloner

Vous êtes avec Katy, bienvenue dans cette nouvelle bulle de français. Aujourd’hui on va parler d’un phénomène très gênant et qui est tout à fait d’actualité en ce moment : le postillon, cette gouttelette de salive projetée au moment où on parle. C’est une situation très embarrassante, j’imagine que ça vous est peut-être arrivé, et ça l’est encore plus depuis le Coronavirus. C’est comme si tout à coup, on avait pris conscience du fait que notre salive puisse être porteuse de bactéries, de microbes, de virus, de germes et que sais-je encore. On est bien loin de l’époque où Joe Triviani, apprenait que pour être un bon acteur il fallait postillonner le plus possible au visage de son partenaire de scène 6… Maintenant, on est tous des Sheldon Cooper 7, angoissés à l’idée de toucher ce que les autres ont effleuré sans le désinfecter au préalable et terrorisés à l’idée qu’une gouttelette de salive ne nous frôle.

La salive, nos glandes salivaires en produisent entre 500 et 1200 ml par jour. Un être humain peut produire plus de 36000 litres de salive en une vie, soit plus d’une demi-tonne par an. C’est colossal. C’est de l’eau, à 99% et le reste principalement des protéines. Elle contient notre ADN puisqu’on y trouve de nombreuses cellules de la langue et des muqueuses de notre bouche. Mais la salive a aussi des propriétés désinfectantes et cicatrisantes. Et pourtant, elle peut être un vecteur de transmission des maladies, ça on le sait bien.

D’ailleurs, cracher sur la voie publique c’est interdit en France. Ça avait déjà été le cas autrefois, à plusieurs reprises, notamment pendant les épidémies de tuberculose, puis le gouvernement Vichy le 22 mars 1942, donc pendant l’occupation 8, avait pris un décret qui est toujours en vigueur. Là on parle d’un acte volontaire, alors que le postillon lui est totalement involontaire, imprévisible et c’est ça qui le rend très gênant quand ça se passe en dehors du cercle familial ou de nos amis proches.

Cracher

Mais parlons étymologie. Est-ce que vous savez d’où vient le mot « postillon » ? En fait, ce mot a voyagé depuis l’Italie. Il vient de l’italien « postiglione ». A l’origine, « la posta », c’était une sorte de point relais de poste à chevaux. « Il postiglione », le postillon, c’était un guide qui transportait ou accompagnait les voyageurs entre deux relais puis ramenait les chevaux au point de départ. Il pouvait voyager seul pour porter un message ou un colis, d’où l’origine du mot poste « la poste », qui permet d’envoyer du courrier à l’heure actuelle. Mais on peut aussi trouver le terme « postillon » dans le même sens qu’en italien dans la littérature française, parce que c’est un mot qui a été introduit en français à partir de 1540.

Le postillon

Alors, vous vous demandez peut-être quel est le rapport entre le postillon, « il postiglione » à l’origine et le postillon dans son sens actuel en français. Moi aussi je me suis posé cette question, mais en en lisant un petit peu plus sur le métier de postillon et bien je pense que j’ai trouvé la raison pour laquelle on utilise ce mot. Les postillons utilisaient un cor, un instrument dans lequel ils soufflaient pour annoncer leur passage. On le retrouve d’ailleurs souvent associé à l’image de la poste aujourd’hui encore dans différents pays. On peut donc facilement imaginer que leur passage était précédé par des jets de salive qu’ils projetaient en soufflant dans leur cor.

Par ailleurs, les postillons étaient des bons vivants, des personnes qui aimaient bien boire et bien manger. Et on sait bien qu’après un repas un petit peu arrosé 9 on est beaucoup plus loquace que d’habitude. Or postilloner, justement, ça arrive quand on a un excès de salive dans la bouche, et c’est souvent le cas quand on parle trop et trop vite. D’ailleurs, quand on parle inutilement on dit en français qu’on gaspille sa salive. Par conséquent les personnes très bavardes sont plus sujettes à postillonner. Quand on est un vrai moulin à parole 10 et qu’on s’emballe en parlant d’un sujet, on oublie souvent de déglutir, donc d’avaler sa salive. La salive s’accumule dans la bouche avec le risque d’asperger quelqu’un à tout moment, parce que même si ça nous arrive de parler tout seul, c’est quand même souvent quand on a de la compagnie qu’on cause, qu’on jacasse et qu’on papote 11 le plus. Alors, c’est devenu habituel maintenant de voir des gens avec des masques alors que c’était rarissime en France et je pense dans tous les pays d’Europe avant l’épidémie du Covid. Mais, on suppose, on espère, que ça ne sera plus indispensable avec le temps.

Donc, comment faire pour éviter de postillonner ? Parce qu’au-delà du problème sanitaire, postillonner c’est très impoli, c’est vraiment mal élevé. Donc si on ne veut pas se retrouver dans une situation déplaisante et transmettre une mauvaise image de nous-mêmes, on peut prendre quelques précautions. J’ai trouvé quelques conseils sur le net. On recommande notamment d’éviter les mots commençant par le son « b » et le son « p », parce que ces consonnes occlusives labiales nous obligent à retenir l’air à l’avant de la bouche avant de l’expulser de façon assez explosive, avec un risque accru de projection salivaire. Et puis il suffit tout simplement de parler plus lentement, en déglutissant régulièrement. La solution c’est donc de parler moins, de peser ses mots et d’utiliser les mots justes plutôt que de jacasser comme une pie. On dit d’ailleurs qu’il faut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler 12, alors, au lieu de parler à tort et à travers 13 ou de parler pour ne rien dire, demandons-nous si ce qu’on va dire en vaut vraiment la peine. Au lieu de gaspiller notre salive inutilement, économisons-la, pour nous et pour les autres.

Une pie

Je vais finir sur une note d’humour, en citant Reymond Devos, un grand humoriste français que j’aimais beaucoup. Dans un de ses célèbres sketchs il a dit :

« J’économise ! J’économise sur tout. J’économise ma salive… Je ne dis plus qu’un mot sur deux. Exemple : quand on me demande comment ça va, au lieu de répondre « très bien », je réponds « très » et le bien qui me reste, je cours le déposer à la banque 14.

J’espère que cette émission vous a plu et qu’elle vous a amusés. Je vous souhaite une bonne fin de journée et je vous dis à une autre fois, pour une nouvelle bulle de français. Au revoir !

« Merci d’avoir écouté cette émission. Si vous voulez discuter de ce qui a été abordé dans cet épisode, accéder à la transcription et me suivre sur les réseaux sociaux, allez sur mon site http://www.thefrenchinstinct.com . Vous trouverez le lien direct vers cet épisode dans la description du podcast. On se retrouve au prochain épisode, pour une nouvelle bulle de français ! »

Auteure: Katy Beauvais. Source The French Instinct http://www.thefrenchinstinct.com. Tous droits réservés.

[Les passages en italique sont des tournures idiomatiques. Lisez les notes x en fin d’articles pour obtenir plus d’explications]

Envie de discuter de cet épisode avec moi, de me parler de ton expérience et de me poser tes questions? Laisse un commentaire ou contacte-moi pour réserver une séance en ligne.

Sans titre

Suis The French Instinct sur Instragram pour découvrir la langue et la culture française au quotidien et accéder à des publications et vidéos exclusives.

Abonne-toi à The French Instinct sur Youtube  

The French Instinct est la section de Katy’s Languages consacrée à la langue et la culture française.  

Si tu aimes ce que je fais, like ♥, partage , laisse-moi tes impressions ou tes suggestions. 

Notes:

  1. Le courant passe (familier) quand on s’entend bien avec quelqu’un
  2. Peser ses mots: faire attention à ce que l’on dit
  3. Se lâcher: (familier) se comporter ou s’exprimer plus librement, sans retenue.
  4. C’est dans la poche: c’est gagné d’avance, le succès est assuré.
  5. Le directeur ou la directrice des ressources humaines (DRH) est la personne chargée de recruter du personnel et des relations humaines au seins d’une entreprise.
  6. Dans la série Friends
  7. Dans la série The Big Bang Theory
  8. L’occupation est la période pendant laquelle la France était occupée par les troupes nazies durant la seconde guerre mondiale.
  9. Être arrosé: être accompagné d’une quantité non négligeable d’alcool. Exemple: un repas arrosé, pendant lequel on boit un peu trop d’alcool.
  10. Etre un moulin à parole: quelqu’un qui est extrêmement bavard, qui parle beaucoup et vite.
  11. Causer, jacasser (péjoratif), papoter: (familiers) des synonymes de bavarder.
  12. Il faut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler: il faut réfléchir à ce qu’on va dire avant de parler pour être sûr de ne pas le regretter ensuite.
  13. A tort et à travers: n’importe comment, sans considération, sans réflexion.
  14. Un bien est une chose que l’on possède, ce qui nous appartient.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s