On se tutoiera au dessert – Podcast 14ème épisode

Tu as du mal à choisir entre le vouvoiement et le tutoiement à l’oral? Tu aimerais avoir des astuces et des conseils pour comprendre quand utiliser l’un ou l’autre? Est-ce que « tu » est toujours un manque de respect quand on ne connaît pas quelqu’un ?

The French Instinct

Le français avec Katy

Améliore ton français en contexte grâce à des ressources gratuites. Découvre les règles et les usages du français et évite les malentendus interculturels avec une prof de FLE française et ancienne expat.

Niveau intermédiaire – avancé B1-C2

Vous trouverez la transcription ci-dessous. Les notes (… x ) sont situées en fin d’article. Les passages en italique indiquent une tournure idiomatique qu’il est utile de connaître. Je vous indiquerai le cas échéant s’il s’agit du sens figuré (fig.) ou du registre familier (fam.). N’hésitez pas à me laisser vos impressions ou vos questions en commentaire.

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Comment savoir quand dire « tu » ou « vous » en français

« The French Instinct » 

« Parle, pense, vis en français et découvre d’autres horizons. Une émission proposée par Katy Beauvais » 

« Vous écoutez The French Instinct, une bulle francophone pour vous immerger dans le français authentique et vous perfectionner tout en vous proposant un moment de détente, de découverte et d’inspiration. Moi c’est Katy, je suis française, prof de français langue étrangère passionnée par les langues et tout au long de ces émissions on parlera de la vie de tous les jours, de la langue française, de la France mais aussi d’autres langues, d’autres pays, d’interculturel, d’apprentissage. Bienvenue dans ma bulle ! »

Bonjour, bienvenue à tous. Je suis ravie de vous retrouver une fois de plus dans un épisode du podcast The French Instinct pour une nouvelle bulle de français. Dans cette petite bulle, on va parler du vouvoiement. C’est vrai que je dis toujours vous quand je m’adresse aux auditeurs du podcast parce que vous êtes plusieurs, vous êtes nombreux, de plus en plus nombreux à me suivre et je vous en remercie. Je vous remercie également pour les commentaires positifs que vous m’envoyez qui me touchent vraiment beaucoup et qui m’incitent à continuer à partager avec vous ces petits moments.

Est-ce qu’on doit dire tu ou vous aux personnes qu’on rencontre ?

Le vouvoiement ou le tutoiement, c’est vrai que ça peut être un casse-tête parfois en français, parce que les règles de politesse varient énormément d’un pays à l’autre. En anglais, la question ne se pose pas vraiment, on n’a pas de vouvoiement donc comme ça c’est réglé, qu’on s’adresse à une ou plusieurs personnes, quel que soit leur âge, c’est pareil.

Mais en français il n’est pas très correct de tutoyer quelqu’un qu’on ne connaît pas ou peu et parfois même qu’on connaît.

Je vais vous raconter mon expérience avec le vouvoiement, parce que moi aussi j’ai connu quelques difficultés en France du fait de ma très longue expatriation, j’ai découvert d’autres normes en Espagne, et j’ai parfois eu du mal à les comprendre. Je vais vous parler de ça et je vais aussi vous donner quelques astuces pour essayer de savoir

comment s’adresser aux Français correctement

Moi, j’ai grandi en France et j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 20 ans. Quand on est enfant, c’est assez simple en fait. Quand on est très jeune, on tutoie tout le monde, on se pose pas de question et puis on apprend assez tôt qu’on doit dire « vous » aux grandes personnes », alors « les grandes personnes », c’est les adultes. On nous explique que c’est une marque de respect, donc on doit vouvoyer les adultes, sauf s’ils font partie de la famille proche ou des amis proches de la famille. Finalement on dit « vous » à pratiquement tous les adultes, et même à certains qu’on connaît bien, par exemple notre instituteur ou notre institutrice qu’on voit quasiment tous les jours, on le vouvoie ou on la vouvoie. Et nous, on nous tutoie. Voilà. C’est simple, c’est clair et c’est précis.

Puis quand on a environ 16-17 ans, déjà on va remarquer que dans certains magasins ou même certains profs au lycée vont commencer à nous vouvoyer. Alors on est assez fiers, ça veut dire qu’on commence à devenir grand. Nous on continue à vouvoyer les adultes, sauf ceux qui ont environ notre tranche d’âge. Par exemple si on est étudiant à l’université, on tutoie les autres étudiants même s’ils sont un peu plus âgés que nous. Généralement, on a tous entre, on va dire 18 et 25 ans  Et jusqu’à 25 ans en France, on est considérés comme une catégorie un petit peu à part. On est des jeunes. On n’est plus des ados mais on n’est pas encore considérés tout à fait comme des adultes à part entière.

Et c’est là que moi je suis partie vivre en Espagne, donc j’ai été assez, voire quasiment complètement déconnectée de la réalité française pendant pas mal d’années. Je ne revenais en France que pour les vacances. Je vous raconterai ensuite comment s’est passé le retour sur l’Hexagone 1.

Mais je vais d’abord vous raconter quelques anecdotes qui me sont arrivées en Espagne, parce que j’y ai découvert des règles complètement différentes de celles que je connaissais. J’ai appris l’espagnol au collège en France, puis au lycée et on nous avait expliqué que l’équivalent du « vous » de politesse français, c’est le « usted » ou « ustedes » qu’on emploie à la 3e personne. Alors moi, j’avais fait l’équivalent dans ma tête : vous, quand je m’adresse à une ou plusieurs personnes de façon polie et bien c’est « usted » o « ustedes ». Sauf qu’aucun de mes profs ne m’a jamais précisé que les normes d’usage de ce « usted » étaient totalement différentes en Espagne.

J’ai été une mordue 2 d’espagnol et de culture hispanique depuis mes tous premiers cours au collège. Et j’ai rapidement essayé de partir en Espagne. J’ai réussi à trouver un échange pour séjourner dans une famille espagnole pendant deux mois, quand j’avais 16 ans. C’était une famille extrêmement conservatrice et assez bourgeoise, alors tout ça je l’ai compris par la suite, je l’ai découvert plus tard. Moi bien sûr je pensais que toutes les familles espagnoles étaient comme celle-là. Donc je vouvoyais les adultes et visiblement c’est à ça qu’ils s’attendaient. Je n’ai rien remarqué de particulier de ce côté-là, par contre, la façon dont eux s’adressaient à moi me convenait très moyennement 3 ! Que ce soit dans la famille ou dans la rue, des adultes de je ne connaissais pas m’appelaient « niña ». Et en espagnol « una niña », c’est une petite file, en tout cas ça, c’est la traduction littérale du mot « niña » en français. Mais là encore, l’usage est très différent en espagnol. Alors qu’en France on commençait à m’appeler « mademoiselle », en Espagne on ne m’appelait pas « señorita » ! J’étais vraiment vexée, j’avais l’impression que c’était un manque de respect, qu’on essayait de me rabaisser. Alors dans un sens, c’est pas faux 4, parce que c’est vrai que la famille dans laquelle j’étais me considérait vraiment comme une gamine 5, alors que moi à 16 ans en France j’étais déjà assez indépendante et responsable. Mais j’ai quand même découvert quelques années plus tard en vivant dans le pays que pour la majorité de la population c’était avant tout une marque d’affection. Une jeune fille, on va s’adresser à elle en utilisant le mot « niña » ou chica et pour une femme de 30 – 35 ans on ne va pas employer le mot « dame », « señora », mais « chica », donc une fille. « Señora » c’est réservé pour des femmes d’âge mûr ou les femmes âgées. Donc quand je vais en Espagne, j’ai l’impression de rajeunir d’une dizaine d’années.

Alors, revenons justement au vouvoiement : 2 ans après mon premier séjour dans une famille ultraconservatrice, je suis allée au-pair dans une autre famille. Là c’était complètement différent. Même si c’était une famille assez aisée 6, l’usage, dans le langage c’était complètement différent. A mon arrivée j’ai vouvoyé les parents bien évidemment. Ils avaient une quarantaine d’années et c’est ce que j’aurais fait en France. C’est aussi ce que j’avais fait dans l’autre famille et qui avait paru complètement normal, mais là, la réaction a été complètement différente et totalement inattendue pour moi ! La maman a été très surprise et elle m’a dit « me tratas de usted, pero no soy tan mayor ! « tu me vouvoies, mais je suis quand même pas si vieille que ça ! » En fait, ce que j’ai découvert en suite, c’est que, au lieu d’être une marque de respect, le vouvoiement en Espagne ça peut parfois être une marque de mépris ou de crainte. Si une personne n’est pas très âgée, on ne la vouvoie que si elle a une très haute fonction, ou bien on peut utiliser le vouvoiement si on veut volontairement mettre une distance entre nous et notre interlocuteur, lui faire comprendre qu’on n’est pas du même monde, qu’on n’a rien à faire ensemble. Donc si tu vouvoies quelqu’un il peut mal le prendre parce qu’il peut penser que tu le fais soit parce que tu le trouves trop vieux, soit parce que tu ne le considères pas comme ton égal et que tu le méprises un peu. En Espagne on vouvoie très peu de gens finalement. Les élèves, de l’école primaire jusqu’à la FAC tutoient leurs profs et les appellent par leur prénom. Moi j’hallucinais 7 vraiment quand j’ai fait mes études en Espagne. On peut tutoyer quelqu’un qu’on aborde dans la rue pour lui demander un renseignement. Alors ça aussi, pour une française c’est assez choquant au début quand on se fait aborder comme ça dans la rue en se faisant tutoyer. On n’est pas du tout habitués à ça en France. On tutoie la caissière au supermarché, le facteur, le docteur, et ce n’est pas un manque de respect.

Donc moi, après plus de 10 ans en Espagne, où je tutoyais quasiment tout le monde et où tout le monde me tutoyais, je suis revenue vive en France. Et là, j’avais plus de repères. En fait j’avais raté en quelque sorte le passage de la vie étudiante à la vie active et aux responsabilités. Donc j’ai raté toute une étape, tout un parcours initiatique 8 je dirais, où j’aurais pu acquérir naturellement et progressivement les nouvelles règles de politesse. Alors dans le doute, je me suis mise à vouvoyer tous les gens que je ne connaissais pas, qu’ils soient plus vieux, plus jeunes, ou de mon âge. Alors le résultat était parfois un petit peu comique parce que du coup les gens croyaient qu’ils devaient aussi me vouvoyer alors que, pas forcément, moi justement j’aime bien qu’on me tutoie.

J’ai développé une sorte de stratégie

J’attendais de voir si la personne me tutoyait ou non pour savoir ce que je devais faire.

Maintenant ça fait 7 ans que je suis revenue en France, donc j’ai quand même eu l’occasion de me familiariser avec les règles de politesse inhérentes à la vie adulte. Et finalement je me rends compte qu’entre adultes, on se tutoie assez facilement. Alors on ne tutoie pas quelqu’un qu’on aborde dans la rue, ça jamais, ni une vendeuse, le facteur, le docteur, à moins qu’on les connaissent personnellement dans la vie privée, mais on va facilement tutoyer nos voisins (sauf s’ils sont beaucoup plus âgés que nous), nos collègues de travail, les parents des copains de nos enfants, les amis de nos amis.

En fait, quand on considère qu’on fait partie du même monde, alors généralement on se tutoie

Ça dépend plus du contexte dans lequel on se rencontre que de qui est la personne en face de nous. Et puis il y a aussi une part un peu subjective et intuitive. On peut demander ou proposer de se tutoyer, si on voit que la personne est sympathique, qu’elle a l’air accessible. C’est parfois un peu au feeling 9 , avec certaines personnes le courant va passer 10 tout de suite. L’une de nous finit par dire dit « bon ben on se tutoie ». Ou initialement on se vouvoie puis rapidement on glisse vers le tutoiement, surtout après avoir partagé un apéro ou un repas, d’autant plus s’il a été bien arrosé 11 .

« Venez dimanche. On se tutoiera au dessert. » Voilà ce que disait Eugène Labiche, un ancien dramaturge français du XIXe siècle.  Ça illustre bien ce que je viens de vous dire.

Finalement il n’y a pas une règle stricte et claire. Donc le mieux, quand on a un doute, c’est quand même toujours de vouvoyer quand on ne connaît pas quelqu’un. Et puis nos collègues, nos voisins, on va vite voir s’il faut les vouvoyer ou pas.

Aujourd’hui les réseaux sociaux sont un petit peu en train de révolutionner le vouvoiement, parce qu’il est de plus en plus courant de se tutoyer alors qu’on ne se connaît absolument pas. Mais dans la vie réelle, on n’en n’est pas encore là.

Il y a un document qui circule sur internet en anglais, pour savoir si on doit tutoyer ou vouvoyer quelqu’un. C’est un diagramme qui propose avec humour de nous guider dans les méandres 12 du vouvoiement français. Il a été réalisé par William Alexander et publié dans le New York times en 2014 et c’était donc destiné initialement aux Américains. C’est très schématique et très simple. On doit répondre à une série de questions, et suivre un parcours fléché en fonction de nos réponses. Par exemple, on commence par nous demander si on est un adulte. Si on répond oui, on va ensuite nous demander si on parle à un enfant, si la réponse est oui, on ne demande s’il s’agit d’un prince ou de quelqu’un d’important, si la réponse est oui alors on doit dire vous, si la réponse est non alors on doit dire tu. Je mettrai le lien d’un article où vous pourrez trouver ce tableau et vous allez voir que quand vous aurez les schéma sous les yeux, ça sera très simple à comprendre.

Alors pour finir je vous propose un petit quizz : je vous donne une situation et vous essayez de me dire si on doit tutoyer ou vouvoyer la personne. C’est pas toujours blanc ou noir. Des fois, ça peut être l’un ou l’autre ou il peut y avoir certaines nuances.

– 1ère situation : Je demande mon chemin à un inconnu dans la rue : tu ou vous ?

– 2ème situation : Je viens d’être embauché, mon patron me présente mes nouveaux collègues : avec le patron, tu ou vous ? Avec les nouveaux collègues, tu ou vous ?

– 3ème situation :  Je vais faire mes courses à la boucherie de mon quartier, où je vais depuis 10 ans : tu ou vous avec le boucher ?

– Je suis invitée chez des amis, des amis à eux sont présents mais je ne les connais pas : tu ou vous ?

– Je rencontre les parents d’un copain de mon fils pour la première fois : tu ou vous ?

J’attends vos réponses ! Alors vous pouvez me les laisser sur mon blog, en commentaire de l’article dont vous trouverez le lien dans la description du podcast.

Et s’il y a d’autres situations qui vous posent problème, n’hésitez pas à me les soumettre.

Je vous rappelle que vous pouvez pratiquer votre français avec moi et me poser directement vos questions. Si vous aimez ce que je fais vous pouvez me soutenir en devenant membre de The French Instinct et vous aurez également accès à des ressources inédites et à des épisodes inédits de ce podcast.  Suivez-moi sur Instagram pour pratiquer votre français au quotidien. On se revoit très bientôt dans un prochain épisode.

« Merci d’avoir écouté cette émission. Si vous voulez discuter de ce qui a été abordé dans cet épisode, accéder à la transcription et me suivre sur les réseaux sociaux, allez sur mon site http://www.thefrenchinstinct.com . Vous trouverez le lien direct vers cet épisode dans la description du podcast. On se retrouve au prochain épisode, pour une nouvelle bulle de français ! »

Auteure: Katy Beauvais. Source The French Instinct http://www.thefrenchinstinct.com. Tous droits réservés.

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Notes explicatives:

  1. L’Hexagone: le nom donné à la France, car sa forme rappelle celle d’un hexagone.
  2. Etre mordu de quelque chose (fam.): adorer quelque chose, être passionné, accro.
  3. Moyennement : ici, c’est une façon de dire qu’on n’apprécie pas.
  4. C’est pas faux (fam.): une façon de dire que c’est exact.
  5. Une gamine (fam.): une petite fille ou une jeune fille d’immature.
  6. Aisé: qui a un bon confort financier, qui a une situation économique très confortable.
  7. Hallucinant (fam.): ici « hallucinant » veut dire « surprenant », « incroyable ».
  8. Un parcours initiatique: une succession d’épreuves qui permettent de s’initier à quelque chose et de gagner en maturité.
  9. Faire quelque chose au feeling (fam.): en suivant son intuition, son ressenti.
  10. Le courant passe (fam.): on dit cela quand on s’entend bien avec quelqu’un même si on ne connaît pas beaucoup cette personne.
  11. Arrosé (fam.): où on boit beaucoup d’alcool
  12. Les méandres (fig.): un parcours sinueux compliqué.

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