L’albatros – Podcast 6e épisode

Comment sortir de sa zone de confort sans y laisser des plumes ?

6e épisode du podcast The French Instinct

Un nouvel épisode tous les mardis!

Apprends le français en contexte grâce à des ressources gratuites. Perfectionne-toi avec une prof de FLE française.

Niveau intermédiaire – avancé / B1-C2

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« The French Instinct » 

« Parle, pense, vis en français et découvre d’autres horizons. Une émission proposée par Katy Beauvais » 

« Vous écoutez The French Instinct, une bulle francophone pour vous immerger dans le français authentique et vous perfectionner tout en vous proposant un moment de détente, de découverte et d’inspiration. Moi c’est Katy, je suis française, prof de français langue étrangère passionnée par les langues et tout au long de ces émissions on parlera de la vie de tous les jours, de la langue française, de la France mais aussi d’autres langues, d’autres pays, d’interculturel, d’apprentissage. Bienvenue dans ma bulle ! »

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule 1 !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule 2 ,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Bonjour, et bienvenue dans cette nouvelle bulle de français. Aujourd’hui j’ai commencé l’émission en récitant un extrait d’un poème de Charles Baudelaire. C’est un très grand poète français, enfin c’était un très grand poète français. Moi, j’aime la poésie, parce que j’aime le rythme des vers, c’est un peu comme de la musique. Et puis vous avez remarqué comme les mots, la prononciation et l’articulation des mots, changent en français ? Parce qu’on ne parle pas du tout comme ça en vrai. Un poème, réciter un poème c’est vraiment quelque chose à part.

Si je vous ai cité ce poème, c’est parce qu’il illustre le sentiment de gêne, de malaise dont on va parler aujourd’hui. Cet albatros, cet oiseau immense, si majestueux, gracieux et agile dans les airs , il devient gauche, maladroit, il est objet de moqueries quand il se retrouve sur le sol. Je suis sûre que vous vous êtes déjà retrouvés dans une situation inconfortable, dans laquelle vous n’étiez pas à l’aise, un peu comme cet albatros. Ça arrive généralement quand on est face à un environnement nouveau, inconnu, qu’on n’a pas l’habitude de fréquenter. On sort de notre zone de confort et ça peut être très désagréable parfois, voire angoissant. Si en plus on ajoute à ça le regard des autres, on peut développer un sentiment de honte et même perdre confiance en nous.

Quand on apprend une nouvelle langue, on peut être confronté à ça. C’est même assez fréquent : l’appréhension, la peur du ridicule, c’est très commun quand on débute une langue. Parmi les conseils qu’on peut lire, on nous dit « n’ayez pas peur, lancez-vous, parlez, sortez de votre zone de confort ». C’est bien joli tout ça, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Parce que concrètement, on fait comment pour se lancer sans y laisser des plumes 3 ?

Pour que vous compreniez précisément de quoi il en retourne, je vais vous parler d’une petite anecdote qui n’a apparemment pas grand chose à voir avec les langues, même pas du tout, mais qui peut vraiment vous permettre de mieux saisir ce qui se joue quand on parle de zone de confort. Moi j’aime bien trouver dans le quotidien, des exemples qui vont nous servir après, pour l’apprentissage des langues, par exemple.

Une fois par an environ, je vais à la patinoire. [clique pour voir mon dossier sur la patinoire en français] Au début c’est toujours hyper difficile quand je me retrouve sur la glace parce que j’ai dû patiner 5 fois dans toute ma vie. Donc je ne suis pas familiarisée avec la glace.

Je me sens hyper maladroite, j’ai peur de tomber, je pense que je ne vais pas y arriver. En plus je vois les autres patineurs expérimentés qui, eux, glissent avec une telle aisance et une fluidité que ça me fait vraiment envie. Et surtout, quand je les vois patiner, ça a l’air si simple. Moi je voudrais déjà pouvoir faire comme eux, mais ça me paraît totalement insurmontable. Moi, je me dis « c’est totalement impossible, voilà, le patinage c’est pas fait pour moi, je n’y arriverai jamais, un point c’est tout« . Alors je me bloque, je n’ose pas, je me décourage… Mais quand même, il y a quelque chose au fond de moi qui me dit qu’il faut que j’essaie. Parce que j’ai envie, j’ai vraiment envie d’y arriver. Donc je suis un peu tiraillée entre une tentation, la tentation de patiner, de glisser à merveille et puis l’appréhension, la peur, la crainte.

Et puis, tout à coup, je prends mon courage à deux mains et je me lance. Alors bon, se lancer, c’est un bien grand mot. Parce qu’en fait j’avance très prudemment en m’agrippant à la rambarde. Puis je me fixe de tous petits objectifs: je commence à la lâcher sur quelques mètres mais tout en gardant la main près du rebord, parce qu’on sait jamais, je n’ose pas, absolument pas m’en éloigner. C’est pas facile mais j’y arrive. Donc j’arrive à lâcher sur un, un mètre, deux mètres, en ayant la rambarde tout près.

Donc je continue et finalement, je gagne en confiance. Ensuite, une fois que j’ai fait un tour de piste comme ça, en avançant, tout en gardant la main près de la rambarde mais sans m’y tenir, et bien là il y a un grand obstacle à franchir, parce que je dois franchir l’entrée de la patinoire, et l’entrée de la patinoire eh bien il n’y a pas de rambarde! J’ai plus rien pour me tenir. Il y a quelques mètres où là il faut que je saute dans le vide. Et je me dis : je vais y arriver ! Et ça marche.

Donc je fais un tour comme ça, sans me tenir, puis deux, puis trois. Et finalement au bout d’un moment je me rends compte que j’ai plus peur et en plus je commence même à prendre plaisir, je m’amuse et en fait, plus je m’amuse, plus je progresse. Le fait de vaincre ma peur me libère. Je me détends, et enfin je glisse, j’y arrive ! Donc je peux maintenant essayer d’améliorer ma technique: je fléchis un petit peu les jambes, je me penche un peu en avant. Voilà, j’observe comment font les autres, ceux qui y arrivent bien. Et j’essaie de gagner en vitesse. Alors, bien sûr je me fais encore quelques frayeurs parfois, je manque de tomber. Et je me dis que je dois vraiment avoir l’air ridicule. Mais bon, finalement, à mon âge, le ridicule je n’en ai pas grand chose à faire. Tant que je m’amuse et que je ne fais de mal à personne, c’est l’essentiel. Maintenant que je suis lancée, je n’ai plus envie de m’arrêter. Et donc, la prochaine fois, je sais que quand je retournerai à la patinoire, je m’épargnerai les hésitations initiales pour me lancer dès le début et profiter un maximum.

Essayer de parler une langue, c’est très similaire à mon expérience du patinage. D’abord, apprendre à marcher ça s’apparente beaucoup à apprendre à parler. C’est deux compétences qu’on a développées dans notre prime enfance et dont on n’a aucun souvenir. C’est recommencer à zéro. Et il suffit de regarder les petits qui nous entourent pour voir que certainement, quand on a commencé, on était aussi maladroits qu’eux. Apprendre à se déplacer sur un autre élément comme la glace, ou apprendre à s’exprimer dans une nouvelle langue forcément ça va être une expérience un peu effrayante, un peu déplaisante. Ça fait peur de tomber; c’est frustrant de ne pas pouvoir s’exprimer avec fluidité et de ne pas être compris; c’est désagréable d’avancer d’un pas chancelant, maladroit ou d’avoir la langue qui fourche devant les autres.

Comment, donc, surmonter ses craintes et ne pas se décourager quand on apprend une langue?

Bien sûr, personne n’aime avoir l’air ridicule. Surtout comparé à ceux qui le font les doigts dans le nez 4, c’est-à-dire, très facilement, on a l’impression que ça ne leur demande aucun effort ! Mais il y a fort à parier que même eux, ils ont fourni des efforts au début pour y arriver et qu’ils ont commencé il y a probablement très longtemps, peut-être quand ils étaient petits, peut-être il y a plusieurs années. Donc le chemin à parcourir nous semble interminable, c’est pour ça qu’il ne faut absolument pas qu’on se focalise sur l’idéal qu’on veut atteindre. Notre idéal ça serait de parler un jour couramment, peut-être d’être bilingue, de comprendre tout ce que les natifs disent. Il ne faut surtout pas se focaliser sur ça. C’est la meilleure façon de se décourager. Au contraire, il faut y aller étape par étape et se fixer des objectifs très simples, et se réjouir de chaque obstacle franchi !

Au départ il faut oser sans trop se soucier de nos défauts. Les erreurs, ça fait partie de l’apprentissage, on se trompe, on recommence, c’est pas grave. Il ne faut pas s’arrêter aux maladresses, aux imperfections initiales, et c’est là qu’on va commencer à prendre du plaisir et à progresser. Parce que le plaisir est la clé d’un apprentissage réussi. [ clique pour lire mon article sur ce sujet. Clique ici pour voir ma vidéo] Ça c’est vraiment ma devise et on aura l’occasion d’en reparler dans plein d’autres émissions.

Donc, une fois qu’on aura atteint une certaine aisance, et seulement à ce moment-là, on pourra se perfectionner, on pourra faire attention aux détails et essayer vraiment d’améliorer notre pratique. Pas avant en tout cas. C’est inutile dès le départ de vouloir atteindre la perfection . C’est totalement irréaliste et contre-productif.

Sortir de notre zone de confort, ça peut être difficile au début, c’est généralement difficile, et ça demande un temps d’adaptation. [clique pour consulter l’article original sur ce sujet] On a peur d’y laisser des plumes 3, comme ce pauvre albatros. C’est sûr que c’est beaucoup plus simple de continuer à faire les mêmes activités routinières, qui nous procurent un sentiment de sécurité. Mais quand on ne fait plus rien de nouveau, tout devient machinal, banal et notre cerveau s’habitue à cette banalité et il perd en souplesse. Donc finalement, il faut prendre son courage à deux mains et se lancer. On a beaucoup plus à y gagner qu’à y perdre.

J’espère que vous avez apprécié cette émission. Dites-moi ce que vous pensez des conseils que je vous ai donnés aujourd’hui. On se retrouve très bientôt pour une nouvelle bulle de français!

« Merci d’avoir écouté cette émission. Si vous voulez discuter de ce qui a été abordé dans cet épisode, accéder à la transcription et me suivre sur les réseaux sociaux, allez sur mon site http://www.thefrenchinstinct.com . Vous trouverez le lien direct vers cet épisode dans la description du podcast. On se retrouve au prochain épisode, pour une nouvelle bulle de français ! »

Auteure: Katy Beauvais. Source The French Instinct http://www.thefrenchinstinct.com. Tous droits réservés.

Envie de discuter de cet épisode avec moi, de me parler de ton expérience et de me poser tes questions? Contacte-moi et réserve une séance en ligne.

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Si tu aimes ce que je fais, like ♥, partage , laisse-moi tes impressions ou tes suggestions. 

Notes:

  1. (Littéraire) Qui n’a pas d’énergie, de volonté, de force.
  2. (Ancien) Pipe à tuyau très court
  3. Ne pas sortir indemne de quelque chose, avoir des séquelles suite à une expérience vécue.
  4. (Familier) Qui est très facile, ne demande aucun effort pour être réalisé.

Les expressions en italique dans le texte correspondent à des tournures idiomatiques.

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