Apprendre une langue: coup de foudre et plaisir sensoriel

Aujourd’hui je vais vous parler de plaisir sensoriel et d’amour. Pas grand-chose à voir avec les langues étrangères, me direz-vous. J’espère que vous aurez changé d’avis après avoir lu cet article.

Tout est une question de chimie !

love-576602_1280.png

Un certain nombre d’hormones et de neurotransmetteurs jouent un rôle clé à la fois dans le plaisir et dans l’apprentissage: la dopamine, la sérotonine, les endorphines et l’ocytocine sont des substances produites par notre cerveau. Elles sont libérées lorsque nous faisons quelque chose qui nous plait ou que nous vivons une expérience gratifiante : manger du chocolat, serrer un être qu’on aime, faire du sport, apprendre quelque chose qui nous plait, etc. Celles-ci, une fois libérées dans notre corps, nous procurent une réelle sensation de bien-être et elles peuvent vite devenir addictives. Nous ressentirons ainsi le besoin de revivre ces sensations qui nous ont procuré du plaisir. Or ces substances jouent aussi un rôle fondamental dans le processus d’apprentissage puisqu’elles régulent des fonctions aussi importantes que l’attention, la mémoire, la confiance en soi ou la motivation. Ainsi, si l’apprentissage est associé à un ressenti positif nous retenons mieux, nous nous concentrons mieux, nous sommes motivés et nous avons envie de continuer.

star-209371_1920

D’autres substances en revanche, auront l’effet inverse : les expériences négatives et stressantes pourront engendrer la libération de l’adrénaline et du cortisol qui bloqueront certaines fonctions indispensables dans tout apprentissage. On comprend tout l’enjeu de nos ressentis et de nos expériences sur nos réussites ou nos échecs dans tous les domaines !

Et autant dire que contraindre quelqu’un à apprendre quelque chose n’a pas plus de sens que de l’obliger à nous aimer.

Apprendre, initialement, c‘est un besoin et un plaisir. Le petit enfant est curieux de tout, avide de connaissances. Il veut apprendre à parler et pour cela s’exerce sans relâche. Il veut comprendre le monde qui l’entoure et pose mille questions. Il veut tout faire, tout essayer. On s’émerveille de cet enthousiasme et de cette avidité mais on voit sa fin comme une fatalité : en grandissant, on deviendrait naturellement moins curieux, on perdrait ce potentiel d’émerveillement, cette capacité à apprendre tout ce que l’on veut. Mais est-ce vraiment le cas ? Je ne le pense pas.

C’est l’environnement, les interactions avec les autres et les expériences que nous vivons qui bloquent notre épanouissement.

abandoned-1251616_1920.jpgIl suffira d’être entourés de quelques adultes peu attentionnés ou dévalorisants et d’évoluer dans un cadre trop rigide pour nous freiner dans notre élan. Consignes, reproches, critiques, mauvaises notes, étiquettes, ennui… On apprend vite qu’apprendre ce n’est pas du tout un amusement. Ça serait quelque chose de sérieux et de si peu naturel que l’on ne pourrait y arriver que par la contrainte et les menaces. On intègre ainsi qu’on est nuls en maths, en français, en langues, en sciences ou en sport ; que soit on est doué soit on ne l’est pas ; qu’on ne peut rien apprendre par nous-mêmes et qu’on doit juste écouter et s’exécuter. C’était mon cas également. En fait, le simple fait qu’il s’agisse d’une injonction et que cela n’ait pas de sens pour nous peut anéantir le plaisir d’apprendre.

Je peux vous assurer que les enfants qui ne sont ni contraints ni critiqués dans leurs apprentissages continuent de s’émerveiller de tout, de vouloir tout comprendre et de savoir qu’ils peuvent apprendre ce qu’ils veulent comme ils le veulent. Je le vois au quotidien.

Non, on ne peut pas nous obliger à aimer quoi que ce soit mais quand on est libre de choisir ce que l’on apprend et comment on l’apprend on peut littéralement en tomber amoureux ! J’aime comparer la relation que nous avons aux langues à la relation amoureuse. Et ce n’est pas qu’une image!

En effet, l’ocytocine, qui joue un rôle majeur dans l’apprentissage, est aussi l’hormone de l’amour et de l’attachement entre les êtres, dans le couple et dans la famille.

baby-1150109_1920

Oui, on peut tomber amoureux d’une langue. Et c’est souvent à ce moment-là qu’on va faire l’impossible. On ne va plus penser qu’à elle, en parler continuellement, faire tout ce que l’on peut pour nous sentir proche d’elle, lui consacrer tout notre temps au point d’en oublier de manger, d’en rêver la nuit ou même d’en perdre le sommeil. Nous nous sentirons euphoriques, enthousiastes, passionnés. Voilà un peu l’état dans lequel on peut se retrouver quand on tombe sous le charme d’une langue étrangère.

Et pour se laisser conquérir il faut être disponible émotionnellement. Si nous avons déjà trop souffert, nous aurons peut-être du mal à nous laisser aller, par crainte d’être encore déçu et d’essuyer un nouvel échec. Nous devons d’abord reprendre confiance en nous, nous rappeler que nous sommes vivants et que nous avons tous la capacité d’apprendre.  Et il faut expérimenter.

Tout ce qui pourra éveiller nos sens et notre curiosité sera susceptible de nous faire vaincre nos peurs.

Cela peut passer par le voyage, sans doute le meilleur moyen de découvrir d’autres cultures et d’autres langues. Le dépaysement et la découverte sont toujours des bons moyens de nous ouvrir en nous poussant à aller au-delà de ce que nous connaissons de nous-mêmes et de retrouver un regard émerveillé sur le monde.

Mais si l’on n’a pas la possibilité de voyager, rien ne nous empêche de partir tout de même en quête de nouveauté. Nous aurons peut-être le coup de foudre en regardant un film ou en écoutant une chanson, qui sait. Ou peut-être que c’est en apprenant à la connaître que nous découvrirons qu’une langue qui nous avait laissée jusque-là indifférente mérite toute notre attention et nous attirera irrésistiblement.

S’ouvrir au plaisir sensoriel

lips-1982889_1920

Pour moi apprendre une langue, avant d’être un processus intellectuel, c’est une découverte sensorielle. Les sonorités de la langue peuvent créer toute une gamme de couleurs, de parfums et d’émotions. Je trouve ces sonorités inconnues enivrantes. Et j’éprouve un réel plaisir à essayer de prononcer les sons et les mots d’une autre langue. J’adore expérimenter pour arriver à la prononciation la plus juste. La culture, les traditions, la cuisine peuvent vite m’envouter. Pour moi c’est un vrai voyage des sens. Et puis il y a toutes ces premières fois qu’on va vivre ensemble : les premiers mots déchiffrés (surtout si c’est dans une écriture nouvelle), le premier roman lu; ce moment où tout s’éclaire et où l’on comprend comme par magie les conversations authentiques ; et celui, jubilatoire, où j’ai la sensation de posséder enfin cette langue.

Ils sont bien loin tous ces moments dans notre langue maternelle. Pourtant à chaque nouvel apprentissage on peut les revivre ! C’est formidable, non ?

Alors, laissons-nous aller ! Expérimentons ! Prenons du plaisir ! Amusons-nous ! Ce sont les meilleurs moyens d’apprendre une langue!

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s