L’école buissonnière – Podcast 17ème épisode

The French instinct

Le français avec Katy

Dans cet épisode, je te parle de l’école en France et d’apprentissage. Peut-on apprendre sans y être contraint ? Quel est le rôle du plaisir dans l’apprentissage ? L’école est-elle un passage obligé pour tout le monde? Est-ce qu’avoir de mauvaises notes veut dire qu’on est nul pour apprendre? Et est-ce que tu connais l’expression « faire l’école buissonnière? Retrouve-la ainsi que bien d’autres expressions idiomatiques, du vocabulaire thématique et des références culturelles françaises autour de l’école.

Découvre la France, sa culture, son quotidien. Ecoute du français authentique et perfectionne-toi en contexte grâce des ressources gratuites créées par une prof de FLE française passionnée par les langues. J’utilise de nombreuses expressions idiomatiques. Niveau intermédiaire – avancé / B1-C2

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Les notes explicatives x sont situées en fin d’article. Les passages en italique sont des tournures idiomatiques qu’il est utile de connaître. Les mots en violet font référence à la thématique de l’école.

« The French Instinct » 

« Parle, pense, vis en français et découvre d’autres horizons. Une émission proposée par Katy Beauvais« 

« Vous écoutez The French Instinct, une bulle francophone pour vous immerger dans le français authentique et vous perfectionner tout en vous proposant un moment de détente, de découverte et d’inspiration. Moi c’est Katy, je suis françaiseprof de français langue étrangère passionnée par les langues et tout au long de ces émissions on parlera de la vie de tous les jours, de la langue française, de la France mais aussi d’autres langues, d’autres, d’intercultureld’apprentissage. Bienvenue dans ma bulle ! »

Ce matin, je me suis réveillée en sursaut, vous savez, quand vous vous réveillez d’un coup alors que vous êtes en plein sommeil, souvent à cause d’un cauchemar, avec le cœur qui bat à 100 à l’heure et puis vous réalisez que heureusement, ce n’était qu’un mauvais rêve. Je suis sûre que ça vous arrive aussi parfois, c’est souvent quand il y a quelque chose qui nous préoccupe. C’est vrai qu’en ce moment on a pas mal de sujets d’inquiétude et si vous me suivez sur Instagram, si vous lisez mon blog vous savez que ces derniers mois ont été chargés pour moi, raison pour laquelle je n’avais pas encore pu enregistrer de nouveaux épisodes du podcast pour l’année 2021. D’ailleurs, j’ai quelques nouvelles pour vous si vous aimez le podcast, il y a maintenant un groupe de conversation, mais bon, je vous en parlerai davantage à la fin de cet épisode.

Bienvenue donc dans une nouvelle bulle de français, bonjour à tous et merci d’écouter ce podcast. J’espère que vous allez bien.

Aujourd’hui on va voir comment c’est l’école en France, et on va parler apprentissage. Est-ce qu’on ne peut apprendre qu’en y étant contraint, selon un parcours et des méthodes préétablies ? Ou est-ce qu’il ne pourrait pas y avoir une autre façon d’apprendre, loin des sentiers battus 1 ? On va voir ça et on va parler d’école buissonnière. Faire l’école buissonnière, c’est décider de ne pas aller à l’école pour s’amuser, de louper 2 les cours, de sécher 3 les cours, c’est rater l’école pour prendre du bon temps. C’est le rêve de beaucoup d’enfants. Ça a peut-être été le vôtre pendant certaines heures d’école interminables.

Si je vous demandais les mots que vous associez à l’école, comme on avait fait dans l’épisode sur le mot cabane, vous me donneriez probablement à peu près tous le même type de mots : instituteur, prof, élève, crayon, cahier, devoirs, classe, peut-être leçons, récrée …   Mais si je vous demandais quels sentiments, quelles sensations vous y associez, en vous basant sur votre vécu, alors on aurait probablement des réponses extrêmement différentes d’une personne à l’autre, et d’une culture à l’autre. Si je demande à mes amis français ce que ça évoque chez eux leurs souvenirs d’école alors certains me répondront : la joie, l’insouciance, l’enfance. Ils me parleront des profs 4 qui les ont marqués, des matières qui les ont passionnés, de tout ce qu’ils ont appris, des voyages scolaires avec les copains, des jeux pendant la récrée 5. Mais un certain nombre d’entre eux me parlera en revanche d’ennui, d’incompréhension, de solitude, de peur, et même d’angoisse. Ils se souviendront des moqueries de leurs camarades qui les prenaient comme bouc émissaire 6, des punitions parce qu’ils n’avaient pas fait leurs devoirs, des heures de colle 7 parce qu’ils avaient fait une bêtise, de l’appréhension à l’idée de se tromper devant toute la classe, de l’humiliation, du découragement de recevoir des mauvaises notes, de ce prof qui les avait pris en grippe 8 et dont ils avaient été la tête de turc 9.

L’école, en France, c’est un sujet qui déchaîne les passions 10, surtout depuis quelques années et encore plus depuis quelques mois, car l’école au pays de Voltaire 11 est en crise : mal classée au rapport Pisa, elle est profondément inégalitaire. Pour l’OCDE, le fait que dans certains pays les élèves issus de familles défavorisées s’en sortent mieux qu’en France tient au fait que les relations entre enseignants et élèves sont meilleures. En France, les élèves se plaignent d’avoir des enseignants qui ne les soutiennent pas. Comme nulle part ailleurs, en France, les élèves ont peur de se tromper et n’osent pas poser de questions. L’école française c’est la 3eme au monde après celles du Brésil et l’Argentine pour les problèmes de discipline, les élèves français se plaignent du bruit, de l’insécurité. 700.000 cas de harcèlement scolaire recensés en France chaque année. Les élèves français sont parmi les derniers d’Europe en maths et en sciences selon l’enquête Teems. Les enseignants dénoncent depuis longtemps le manque de moyen dans l’enseignement public, le manque de personnel et d’écoute de la part de leur hiérarchie 12. Le système scolaire français a besoin de faire peau neuve 13, de s’adapter au monde d’aujourd’hui et à celui de demain, d’intégrer les découvertes en neurosciences, de laisser place à l’autonomie, à la diversité pédagogique et culturelle, à la créativité, d’être réellement inclusive en permettant à chacun de trouver sa place avec toute sa singularité et sa différence au lieu nous coller des étiquettes 14 dès qu’on n’entre pas dans les cases trop étroites de l’Education nationale 15.

Il m’arrive de rêver que je dois retourner à l’école parce qu’il me reste un devoir à rendre ou un contrôle à faire. Ou bien que j’y vais en pyjama et en chaussons, ou même en petite culotte, et que je suis la risée 15 de toute la classe.

Si vous aviez le choix aujourd’hui, est-ce que vous retourneriez à l’école ? Pas moi. Non pas parce que j’aie été complètement traumatisée par mon expérience scolaire, mais, en pesant le pour et le contre, en voyant ce que j’ai appris de la maternelle au lycée, par rapport à tout ce que j’aurais pu apprendre si j’avais passé ces années autrement, je me dis que le jeu n’en valait pas la chandelle 16. En France, on passe pas moins de 24 heures par semaine en classe, dès 3 ans, 26 au collège. Les cours, c’est le matin et l’après-midi, jusqu’à 16h30-17h. Bref, le temps de rentrer à la maison, de faire ses devoirs, il est déjà l’heure de diner et d’aller se coucher pour se lever tôt le lendemain matin.

Est-ce qu’avoir eu des bonnes notes à l’école, ça nous a préparé à la vraie et vie ? Non, bien évidemment. Est-ce qu’avoir été au contraire un cancre 17 et avoir raté sa scolarité, ça veut dire qu’on n’est pas intelligent ? Bien sûr que non. Mais tout ça il faut du temps pour s’en apercevoir.

Laissez-moi faire un petit aparté pour vous raconter mon rêve de cette nuit, celui dont je vous parlais au tout début de l’épisode.

Je me balade dans une impasse avec mes enfants et là arrive une délicieuse odeur de chocolat. Ça vient d’une boutique avec une énorme vitrine remplie de gâteaux au chocolat, tous plus appétissants les uns que les autres, sauf qu’ils sont vraiment très chers ces gâteaux, peut-être 150 euros la part. Comme on n’est pas très loin de la maison, on décide de rentrer et de faire nous-mêmes un délicieux gâteau au chocolat, comme on le fait toujours : on participe tous, on s’amuse en le faisant et puis au moins on choisit nous-mêmes les ingrédients. Sauf qu’au moment où on rebrousse chemin 18, on tombe nez à nez 19 avec un homme en uniforme, très sérieux, qui nous barre la route. Il m’expliquer que je ne peux pas partir parce que je n’ai pas pris de gâteau au chocolat pour mes enfants, que maintenant c’est obligatoire. Parce que « le gâteau au chocolat c’est bon pour les enfants » 20. Je lui dis que si mes enfants veulent du gâteau au chocolat, on peut encore le faire nous-même. On se débrouille très bien d’ailleurs. Mais il me dit que les Français n’ont plus le droit de cuisiner eux-mêmes leur gâteau au chocolat. Qu’il y a tous les ans des intoxications alimentaires, que certains parents ne savent pas cuisiner, parce que cuisiner « c’est un métier » 21. Comme je ne suis pas d’accord pour obtempérer, il me menace de me verbaliser et tente de faire manger mes enfants de force, en m’expliquant qu’il ne faut pas que je m’en fasse, parce que ce gâteau-là, il est gratuit.

C’est un rêve absurde, on est d’accord, mais ne vous en faites pas, je ne suis pas parti sur un autre sujet complètement différent. Le gâteau au chocolat, il symbolise l’apprentissage. Quand on n’a pas faim, nous forcer à manger ça nous écœure. Forcer quelqu’un à manger quelque chose dont il n’a pas envie, c’est l’en dégouter à vie. Et c’est exactement la même chose avec l’apprentissage. On n’oblige pas quelqu’un à manger contre son gré, en tout cas on ne devrait pas, de même qu’on ne devrait jamais obliger quelqu’un à apprendre contre sa volonté. C’est ce qu’on appelle en français « du bourrage de crâne » 22.

Pour ceux qui lisent mon blog depuis longtemps, vous savez à quel point le plaisir est un élément clé dans l’apprentissage. Et c’est pas juste moi qui pense ça, c’est prouvé par les neurosciences. J’en ai déjà parlé à plusieurs reprises dans des articles et des vidéos, un certain nombre d’hormones et de neurotransmetteurs : la dopamine, la sérotonine, l’ocytocine, les endorphines, sont sécrétés quand on prend plaisir à faire quelque chose, à vivre une expérience quelle qu’elle soit. Manger une part d’un délicieux gâteau au chocolat, ça va nous procurer du plaisir, et on va avoir envie de recommencer. De la même façon, quand on prend plaisir dans une activité intellectuelle ou dans un apprentissage, que ce soit jouer de la musique, parler une langue, faire des maths, lire un livre, on va produire ces substances vont être libérées dans notre corps et c’est elles qui vont nous donner cette sensation de plaisir. Or, ces mêmes substances jouent un rôle clé dans certains éléments essentiels à l’apprentissage comme l’attention, la mémorisation, la confiance en soi et la motivation. Si en apprenant on prend plaisir, on progresse, ça nous motive et on a envie de recommencer, ça devient addictif. C’est une question de chimie. Et c’est quelque chose de très personnel. On ne peut obliger personne à prendre plaisir dans quelque chose, à aimer quelque chose.  Donc obliger quelqu’un à apprendre quelque chose, c’est un non-sens.

Regarde ma vidéo sur le plaisir dans l’apprentissage

Lis aussi: Coup de foudre pour une langue: le rôle du plaisir dans l’apprentissage.

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Parce que si on s’ennuie ou même pire, si on est stressé ou si on a peur, d’autres substances vont au contraire bloquer le processus d’apprentissage, créer une perte de confiance en soi et de la démotivation. C’est pour ça que dissocier l’apprentissage du plaisir d’apprendre, c’est le vider de toute sa substance. Même si on donnait à mes enfants les meilleurs gâteaux au chocolat, s’ils n’ont pas faims, si on les force à en manger, on peut les en dégouter. Avec l’apprentissage c’est pareil. Et pourtant c’est souvent ce qui se passe avec les enfants et les ados : on les oblige à suivre un programme, des matières qui ne les intéressent pas forcément, selon des méthodes qui ne leur plaisent pas toujours, on ajoute à cela le stress de la compétition, l’enjeu des notes, la peur de se tromper et ensuite on s’étonne que la plupart d’entre eux n’apprenne pas. On croit à tort qu’il faut forcer l’apprentissage pour qu’il ait lieu alors que justement, plus on le force moins il aura lieu. Beaucoup de personnes sont dégoutées à vie de certains apprentissages. Souvent des langues d’ailleurs. Elles croient qu’elles sont nulles en langues parce qu’elles avaient de mauvaises notes à l’école. Alors que dans la plupart des cas c’est justement parce qu’elles n’y ont pas pris plaisir à apprendre, soit parce que la méthode n’était pas adaptée pour elles, soit parce que le courant ne passait pas avec le prof, soit parce que ça ne les intéressait pas à ce moment-là, c’est tout. Et finalement, il y a une toute petite minorité d’apprenants qui va s’adapter et qui va rentrer dans le moule 23, à qui ce moule va peut-être convenir. Malheureusement en France, le système scolaire, est encore très, très, très rigide et au lieu d’aller vers plus de souplesse, de l’adapter aux besoins des élèves, on fait tout l’inverse.

Bien sûr il y a des écoles primaires, des collèges, des lycées 24 qui permettent aux enfants d’aller à leur rythme, de cultiver le plaisir d’apprendre et l’autonomie, qui permettent aux enfants de développer tout leur potentiel et de devenir des adultes qui ont confiance en leur propres capacités à apprendre. Mais malheureusement en France ces écoles sont soit de très rares écoles publiques expérimentales, soit des écoles privées hors contrat, c’est à dire totalement indépendantes de l’Etat et qu’elles ne sont pas dans les moyens de la majorité des familles, un petit peu comme cette pâtisserie que je voyais dans la vitrine avec mes enfants, qui avaient l’air tellement bonnes, tellement appétissantes mais qui étaient inaccessibles pour nous parce que beaucoup trop chères.

Combien d’enfants on rêvé et rêvent encore aujourd’hui de faire l’école buissonnière, de prendre la clé des champs 25 ?

D’ailleurs il y a toute une culture populaire française autour de l’image négative de l’école. On la retrouve souvent dans des chansons qu’on fredonne encore aujourd’hui : en 1962 Sheila se réjouissait déjà de la fin des cours dans « mais oui mais oui, l’école est finie ». « Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école, » chantait France Galle en 1964. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts, finis les bonnets d’âne et les coup de bâtons 26. Et pourtant, aujourd’hui encore l’image négative de l’école persiste.  « Pour louper l’école, je ferais n’importe quoi, chante Aldebert …

Faire le tour de la maison
En pyjama pour chopper 27 froid
Manger des tartines au goudron
Pour avoir mal à l’estomac

Devenir magicien
Pour me faire disparaître
Prier pour que les Martiens
M’enlèvent sur leur planète

Robinson, lui, chante « Non papa, je ne peux pas aller à l’école » et invente toute une série de maux pour y échapper.  D’ailleurs ces maux ne sont pas toujours imaginaires, loin de là. Certains enfants ont une réelle angoisse à l’idée d’aller à l’école. On appelle ça la phobie scolaire.

Certains vont jusqu’au bout de ce rêve d’école buissonnière. Et si on permettait aux enfants qui ne s’épanouissent pas à l’école, qui y sont même en souffrance parfois, de prendre la clé des champs « pour de vrai » 28, comme diraient les enfants ?

En France, de plus en plus de parents décident de ne pas scolariser leurs enfants ou de les retirer de l’école pour faire l’IEF : l’IEF c’est l’instruction en famille. C’est comme ça qu’on appelle le homeschooling ou le unschooling en France. Faire l’IEF, c’est comme faire son propre gâteau au chocolat, avec ses propres ingrédients, en s’adaptant aux goûts de nos enfants. C’est toute une palette de saveurs, de plaisir qu’on peut réinventer chaque jour, à notre façon et jamais deux familles ne le feront de la même façon.

Consulte mon dossier sur le liberté d’instruction et l’IEF

En réalité en France l’école n’a jamais été obligatoire, même si beaucoup de gens pensent le contraire. C’est l’instruction qui l’est et elle peut être donnée à l’école mais aussi en dehors. Les parents ont par priorité le droit de choisir l’éducation qu’ils veulent donner à leurs enfants. Depuis 1882 et la loi Ferry rendant l’instruction obligatoire, et l’école publique gratuite, l’IEF est inscrite dans le droit français. Elle fait partie de la liberté d’instruction. Une liberté fondamentale en France. Les parents peuvent choisir de scolariser leurs enfants dans des écoles publiques et gratuites ou dans des écoles privées et payantes ou bien de faire l’IEF. L’école a besoin d’une réforme profonde en France mais au lieu de ça, pour éviter que de plus en plus d’enfants ne préfèrent l’école buissonnière, le Gouvernement a décidé non pas de la rendre meilleure, de rendre l’école meilleurs, mais d’en faire une obligation. Une première au pays des libertés.

Regarde ma vidéo youtube

En ce qui me concerne, je suis allée à bonne école 29 de ce point de vue : j’ai su très tôt que l’école n’était pas obligatoire parce que j’ai eu une grand-mère formidable qui m’a fait l’école pendant un temps. Elle avait déjà fait l’école à mon père pendant tout le primaire. Et pourtant elle n’était pas du tout institutrice, loin de là puisqu’elle n’avait que son certificat d’études primaires. C’était un diplôme qu’on passait entre 11 et 13 ans et qui attestait qu’on avait acquis les connaissances de bases en écriture, en lecture, en mathématiques, etc. Donc elle n’avait que ce diplôme en poche et elle avait dû commencer à travailler très tôt comme couturière. Pourtant, c’est avec elle que j’ai appris toutes les bases, tout le B-A BA 30 du français, des maths, de l’histoire-géo. Elle m’avait inscrite à des cours par correspondance et en deux heures par jour, 4 fois par semaine, j’en apprenais bien plus avec elle que je n’ai appris à l’école par la suite. D’ailleurs quand je suis retournée à l’école, à mon grand regret, même en sautant une classe 31, j’avais bien plus que le niveau des élèves qui avaient un an de plus que moi. Je savais déjà ce que la maîtresse enseignait aux autres élèves. Alors j’ai appris, mais pas des connaissances ni des compétences. Non, j’ai appris qu’il ne fallait surtout pas savoir avant que la maîtresse n’explique et qu’on n’avait pas le droit de ne pas comprendre. Et j’ai appris à détester la lecture. Moi qui lisais couramment depuis mes 5 ans, j’ai surmonté cette aversion au lycée seulement. Un vrai gâchis.

Pendant tout le collège, c’est ma grand-mère qui me faisait faire mes devoirs, qui me faisait apprendre mes leçons, elle qui n’avait « que » son certificat d’études. Elle m’expliquait les choses à sa manière. Grâce à elle, j’ai appris non seulement qu’on n’a pas besoin d’aller à l’école pour apprendre mais aussi que si on ne sait pas quelque chose, il suffit de le chercher. Elle, elle cherchait dans ses vieux livres. Je vous parle des années 80-90. Aujourd’hui, on peut facilement aller à la médiathèque, faire des recherches sur internet. Le savoir est bien à portée de la main, mas ce n’était pas le cas à l’époque.

Ma grand-mère a donc semé en moi cette petite graine, qui a germé bien plus tard, en me donnant cette certitude que quand on est curieux, on peut tout comprendre et tout apprendre et qu’un parent aimant peut être tout à fait apte à accompagner ses enfants dans leur apprentissage, même s’il n’a aucun diplôme 32.

Quand j’ai fait mes études universitaires, je me suis intéressée à différentes pédagogies, je suis devenue prof moi-même et j’ai toujours eu à cœur de mettre l’apprenant au centre du processus d’apprentissage, de proposer un accompagnement bienveillant et de cultiver le plaisir d’apprendre.

C’est essentiel de se réapproprier l’autonomie dans l’apprentissage dès l’enfance et de conserver cette conviction à l’âge adulte qu’on peut apprendre tout ce qu’on veut, que même si on a échoué à l’école on en est capable : choisir d’apprendre ce qui nous intéresse et ce dont on a besoin, chercher les ressources, les supports qui nous conviennent, choisir les personnes qui vont nous accompagner avec bienveillance. Apprendre c’est un processus personnel et on ne peut pas le forcer.

On devrait tous avoir le droit d’aller à l’école le sourire aux lèvres et si ce n’est pas le cas, avoir la possibilité de ne pas y aller. On devrait aussi tous avoir le droit d’offrir autre chose à nos enfants, plus de temps pour eux et avec eux, plus de temps pour expérimenter, pour apprendre, pour vivre, tout simplement. C’est juste un droit, mais il est fondamental. C’est le droit de ne pas suivre la route tracée, de créer son propre chemin, sa propre voie.

Je vous invite à consulter les liens que vous trouverez dans la description de ce podcast où je vous parle de la liberté d’instruction en France et de toutes les actions que beaucoup de Français font en ce moment au niveau politique pour la préserver et pour permettre à tous les enfants, à toutes les familles d’avoir le droit de choisir ce qui est le mieux pour eux.

Juste deux petites nouvelles avant de nous quitter. Si vous aimez ce podcast, et que vous voulez que je crée plus de ressources inspirantes pour vous permettre de vous perfectionner en français, vous pouvez soutenir mon travail de création en prenant un abonnement qui vous permettra d’accéder à des avantages exclusifs. Et puis il existe maintenant un espace de discussion spécialement pour vous, dans lequel vous pourrez pratiquer votre français à l’oral : on discute des épisodes, je réponds à vos questions et vous pouvez tirer le meilleur parti de l’émission en vous appropriant les sujets abordés. C’est un espace de conversation asynchrone, donc vous pouvez vous connecter et participer quand vous voulez. Peu importe le décalage horaire ou votre emploi du temps. Vous trouverez les liens utiles dans la description du podcast. Je vous souhaites une très belle journée.

« Merci d’avoir écouté cette émission. Si vous voulez discuter de ce qui a été abordé dans cet épisode, accéder à la transcription et me suivre sur les réseaux sociaux, allez sur mon site www.thefrenchinstinct.com . Vous trouverez le lien direct vers cet épisode dans la description du podcast. On se retrouve au prochain épisode, pour une nouvelle bulle de français ! »

Auteure: Katy Beauvais. Source The French Instinct http://www.thefrenchinstinct.com. Tous droits réservés.

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Notes explicatives: fig = sens figuré; fam = langage familier

  1. Sortir des sentiers battus (fig) : s’éloigner de la norme, innover
  2. Louper (fam) : rater, manquer
  3. Sécher les cours (fam) : rater les cours, ne pas aller en cours
  4. Un prof (fam) : on emploie très couramment cette abréviation pour professeur.
  5. La récrée (fam) : on emploie très couramment cette abréviation pour récréation.
  6. Un bouc émissaire : la personne que l’on porte pour responsable de tous les maux.
  7. Une colle (fam) : une retenue ; devoir rester ou retourner à l’école après les cours car on est puni.
  8. Prendre en grippe : détester quelqu’un ou quelque chose
  9. Être la tête de turc de quelqu’un (fig) : être la cible de moqueries et de méchancetés.
  10. Déchaîner le passions (fig) : suscite de vives émotions, des oppositions
  11. Au pays de Voltaire : en France
  12. La hiérarchie :  dans le système public français la hiérarchie est très importante. Les fonctionnaires doivent toujours obéir à leurs supérieurs hiérarchiques.
  13. Faire peau neuve (fig) : changer, se renouveler
  14. Coller des étiquettes (fig) : classer dans une catégorie définie.
  15. L’Education nationale : l’Education publique
  16. Être la risée : dont tout le monde se moque
  17. Un cancre : un très mauvais élève
  18. Rebrousser chemin : faire demi-tour
  19. Tomber nez à nez avec quelqu’un (fig) : se retrouve face à face
  20. Référence à la phrase que l’actuel Ministre de l’Education répète sans cesse depuis des mois : « l’école c’est bon pour les enfants ».
  21. Référence à une autre phrase qu’il répète souvent : « enseigner, c’est un métier ».
  22. Du bourrage de crâne (fig) : le fait de forcer quelqu’un à penser ou à apprendre quelque chose.
  23. Rentrer dans le moule (fig) : se conformer à la norme.
  24. L’école en France et composée de l’école maternelle, de 3 à 5 ans (petite section, moyenne section, grande section) ; de l’école primaire (de 6 à 10 ans : CP, CE1, CE2, CM1, CM2) ; du collège de 11 à 14 ans (6e, 5e, 4e, 3e) et du lycée de 15 à 18 ans (1ère, seconde, terminale). L’instruction est obligatoire de 3 à 16 ans.
  25. Prendre la clé des champ (fig) : prendre la fuite, s’échapper.
  26. Les bonnets d’ânes et les coups de bâtons : à l’école les mauvais élèves portaient autrefois des bonnets en forme d’oreilles d’âne et il n’était pas rare que le maître ou la maîtresse donne des coups de baguette sur les doigts.
  27. Chopper (fam) : attraper, prendre
  28. Pour de vrai (fam) : une expression employée souvent par les enfants  
  29. Être allé à bonne école (fig) : avoir été bien formé ou informé sur un sujet
  30. Le B-A ba : les bases
  31.  Sauter une classe (fig) : passer à une classe supérieure à celle qui correspond à notre âge.
  32. Ma grand-mère avait son certificat d’étude mais elle n’avait aucun diplôme d’études secondaires ou supérieures et ne pouvait donc pas devenir enseignante. Aujourd’hui le certificat d’études n’existe plus de toute façon. Le premier diplôme est le Brevet que l’on passe en 3ème, puis le Bac, en terminale. Il faut Bac + 5 (5 années d’études après le BAC) pour devenir enseignant aujourd’hui.
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