Dépasser le niveau intermédiaire: mission impossible?

L’autre jour je vous parlais de la façon dont on peut débuter une langue. Aujourd’hui j’aimerais aborder un autre thème assez récurrent : atteindre un niveau avancé voire bilingue dans une autre langue.

On peut penser qu’une fois qu’on a atteint un niveau intermédiaire, qu’on parle avec une certaine fluidité, a donc une bonne base dans une langue, le reste viendra tout seul et qu’on deviendra rapidement bilingue. Pourtant, bon nombre d’apprenants perdent justement la motivation à partir de ce niveau car ils ont l’impression de stagner.

Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, quand on débute, on part de zéro ou presque, donc forcément une fois qu’on arrive à communiquer, c’est une grande victoire qui nous motive. Mais voilà, à mesure qu’on avance, on se rend compte qu’il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Il y a encore beaucoup de mots qu’on ne comprend pas quand on lit un roman, qu’on regarde un film ou dans les conversations entre natifs et ça peut être assez décourageant de constater qu’on a commencé la langue il y a 2 ans peut-être et qu’on est encore loin d’être bilingue. En fait, comme le dit le proverbe, plus on sait et plus on sait qu’on ne sait pas!

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Alors je vous rassure tout de suite, c’est tout à fait normal. Pour avoir un niveau très avancé dans une langue, il faut des années! Pas juste quelques mois! On entend parler aujourd’hui de méthodes où on parle couramment en quelques semaines. Tout dépend de ce qu’on entend par parler couramment. Tous les polyglottes n’ont pas forcément un niveau avancé dans toutes les langues qu’ils parlent. D’une façon générale, on n’apprend pas à parler au niveau natif ou presque en quelques semaines ou quelques mois. On peut arriver à communiquer dans une langue et à la parler assez bien pour être compris, et c’est déjà beaucoup! D’ailleurs c’est normal de faire des erreurs quand on apprend, je ne le dirai jamais assez. On peut en 6 mois à un an parler couramment une langue, à condition d’y consacrer le temps et l’attention nécessaire, mais pour avoir un niveau avancé voire bilingue il faudra continuer à se perfectionner.

10.000 heures de pratique

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Pour être bilingue dans une langue, il faut que tout devienne automatique: la syntaxe, le vocabulaire, la prononciation, la compréhension, tout doit être utilisé et produit de façon automatique, sans penser, sans efforts. Or, pour arriver à ce niveau de maîtrise, dans une langue comme dans tout autre domaine, il faudrait atteindre 10.000 heures de pratique. Mais il ne suffit pas non plus de passer 10.000 heures en contact avec la langue, il faut que ce temps imparti soit de grande qualité: pratique, attention, plaisir, motivation sont indispensables si l’on veut que l’apprentissage soit effectif. 10.000 heures, c’est une vingtaine d’heures par semaine pendant 10 ans! Qui peut se vanter de consacrer autant de temps à une langue étrangère?

Il suffit de regarder combien d’années nous mettons à acquérir notre langue maternelle. Les enfants de 6-7 ans font encore des erreurs quand ils parlent. Et leur niveau syntaxique et conceptuel est bien inférieur à celui que nous avons à l’adolescence ou à l’âge adulte. Ils ne connaissent encore qu’une infime partie des concepts et du lexique que les adultes emploient. Alors imaginez, quand on débute une langue étrangère: il nous faut franchir le fossé phonétique, restructurer notre cerveau pour l’adapter à la nouvelle langue et en plus acquérir le vocabulaire et la syntaxe d’un niveau avancé si l’on veut être capable d’exprimer et de comprendre tous les concepts, les idées, les subtilités de la langue cible. Et l’on voudrait parvenir à faire tout cela en quelques semaines ou quelques mois? Il faut être réaliste!

Alors comment s’y prendre pour ne pas sombrer dans le découragement si l’on veut vraiment atteindre un niveau proche du natif?

Il va falloir consacrer beaucoup de temps à la langue, c’est indéniable: beaucoup lire, parler, écouter, regarder des films en VO, des reportages, rechercher l’immersion le plus possible, noter le vocabulaire inconnu, les mots nouveaux, s’enregistrer pour améliorer sa prononciation, etc.

L’immersion n’est pas suffisante

Il ne suffit pas d’avoir habité dans un pays pour être bilingue, même en immersion totale. Ce n’est pas l’immersion à elle seule qui nous permettra d’avoir le niveau d’un natif, de penser dans la langue, d’avoir le même niveau que dans notre langue maternelle. Il y aura très peu de situations où nous aurons réellement besoin de devenir bilingue et le niveau intermédiaire sera souvent suffisant pour comprendre, nous faire comprendre et vivre au quotidien d’où la difficulté d’aller au-delà.

Allez plus loin ne peut partir que d’une motivation endogène. Pour devenir bilingue ou presque, il faut être passionné, avoir un besoin profond d’y parvenir. Seuls la passion et le plaisir que l’on retire de la pratique de la langue vont nous permettre de nous y consacrer sans compter les heures, et de fournir des efforts sans même nous en rendre compte. 

Je suis bilingue

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L’espagnol est la seule langue dans laquelle je considère à l’heure actuelle avoir un niveau bilingue. Je l’utilise au même titre que ma langue maternelle, je n’ai pas d’accent français quand je parle, les Espagnols qui ne me connaissent pas sont incapables de deviner que je suis étrangère et je maîtrise cette langue dans des domaines et des registres très variés.

Mais je ne suis pas arrivée là par hasard! Jusqu’au lycée je faisais de l’anglais et de l’espagnol et j’avais un niveau à peu près équivalent dans les deux langues. Probablement B1 ou B2 en finissant le lycée. Ensuite, j’ai commencé des études d’espagnol et là j’ai vraiment vu mon niveau augmenter considérablement: toute l’année j’utilisais la langue. En plus des cours à l’université, je lisais des romans en notant tout le vocabulaire inconnu, je regardais tous les films en VO qui me tombaient sous la main, je lisais des revues, des journaux, je recherchais au maximum à la parler avec des hispanophones qui étudiaient dans mon université, je passais les étés en immersion totale dans le pays. Quand je suis allée vivre en Espagne, je parlais donc déjà couramment cette langue qui me passionnait, mais c’est en vivant dans le pays et en y poursuivant mes études que j’ai vraiment perfectionné et élargi mes compétences. Je pense pouvoir dire qu’après le lycée, où j’avais déjà atteint un niveau intermédiaire (que j’aurais sans doute pu acquérir en 6 mois un an avec d’autres méthodes), il m’aura fallu environ 4 ans de pratique active pour arriver à me considérer totalement bilingue. Et croyez-moi, les 20 heures par semaine de pratique de qualité étaient largement dépassées.

Profiter du chemin

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Le plus important à mon avis c’est de ne pas se focaliser sur ce qu’on ne sait pas, sur ce qu’on ne comprend pas, sur ce qu’on ne fait pas bien, sur le chemin qu’il nous reste à parcourir. Comme toujours, tout est une question d’attitude! J’ai toujours vu chaque difficulté comme une opportunité et non comme un obstacle. Oubliez cet objectif lointain de parler comme un natif! Ne vous fixez surtout pas 20 heures de travail par semaine parce que vous venez de lire cet article! L’important c’est de prendre du plaisir à apprendre, de progresser petit à petit, de se focaliser sur le présent, sur ce que vous êtes en train d’apprendre maintenant. Alors seulement on atteint notre but, sans efforts apparents et surtout sans frustration.

Bien sûr je pourrais vous donner des conseils sur comment apprendre le vocabulaire, comment améliorer votre accent. Et je le ferai! Mais il me paraissait essentiel d’aborder ce sujet car tant que l’on n’intègre pas que le plus important ce n’est pas le but à atteindre mais le plaisir que l’on prend en parcourant le chemin pour y arriver, tous mes conseils seront vains.

Une fois que l’on devient réellement bilingue dans une langue, qu’on a surmonté tous les obstacles, tout devient aussi automatique, naturel et précis que dans notre langue maternelle. Alors on a un peu l’impression d’avoir fait le tour du sujet et il nous faut trouver de nouveaux défis. C’est pourquoi il est très important de profiter du chemin que l’on parcourt.  

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Il ne faut surtout pas se mettre la pression. Vouloir aller vite c’est pour moi la meilleure façon de ne pas avancer. Il faut vraiment savourer l’apprentissage et se rappeler que le stress est son ennemi!

Bonne route!

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