Les doigts de pieds en éventail – Podcast 12ème épisode

Les vacances approchent et aujourd’hui dans le podcast The French Instinct on parle des bienfaits du repos, de l’ennui, du droit à la paresse et même de l’art de ne rien faire, avec au passage tout un tas de vocabulaire et d’expressions idiomatiques sur le sujet.

The French Instinct

Le français avec Katy

Améliore ton français en contexte grâce à des ressources gratuites. Apprends les expressions idiomatiques, le langage familier et soutenu tout en te détendant avec une prof de FLE française passionnée par les langues.

Niveau intermédiaire – avancé / B1-C2

Vous trouverez la transcription ci-dessous. Les notes (… x ) sont situées en fin d’article. Les passages en italique indiquent une tournure idiomatique qu’il est utile de connaître. Je vous indiquerai le cas échéant s’il s’agit du registre familier ou soutenu. Les passages en violet indiquent le termes en lien avec le repos et la paresse. N’hésitez pas à me laisser vos impressions ou vos questions en commentaire.

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« The French Instinct » 

« Parle, pense, vis en français et découvre d’autres horizons. Une émission proposée par Katy Beauvais » 

« Vous écoutez The French Instinct, une bulle francophone pour vous immerger dans le français authentique et vous perfectionner tout en vous proposant un moment de détente, de découverte et d’inspiration. Moi c’est Katy, je suis française, prof de français langue étrangère passionnée par les langues et tout au long de ces émissions on parlera de la vie de tous les jours, de la langue française, de la France mais aussi d’autres langues, d’autres pays, d’interculturel, d’apprentissage. Bienvenue dans ma bulle ! »

Ça sent les vacances et ça tombe bien parce qu’aujourd’hui on va parler des bienfaits de la paresse, de tout ce que le fait de ne rien faire, attention, de temps en temps seulement, peut nous apporter de positif ! Bonjour à tous, bienvenue sur The French Instinct pour une nouvelle bulle de français avec Katy.

Depuis le mois d’avril, je vous ai proposé un épisode hebdomadaire de ce podcast, une bulle de français chaque semaine sur des sujets qui, je l’espère, vous aurons apporté quelque chose de positif dans votre perfectionnement du français, dans votre apprentissage des langues et peut-être dans votre quotidien. Dans le premier épisode, je vous avais parlé du verbe « buller » [cliquer sur la photo] et justement l’été est arrivé et même si en Bretagne on ne sait pas trop sur quel pied danser 1, vu qu’on passe de 33 degrés à 20 et d’un soleil de plomb à une pluie torrentielle, du jour au lendemain, le mois de juillet approche et juillet en France, c’est synonyme de vacances. C’est le début des grandes vacances, qui durent traditionnellement deux mois : juillet et août. Bien sûr, tout le monde ne prend pas plusieurs mois de vacances : c’est dans tout ce qui est scolaire et formation. Les écoles, les collèges, les lycées sont fermés et les profs prennent un repos bien mérité. Dans mon cas c’est un peu particulier, vu que je ne travaille pas dans une école. Je continue généralement à donner quelques cours pendant l’été. Mais qu’on le veuille ou non, je ressens quand même ce besoin de me mettre en mode détente 2 et d’avoir les doigts de pieds en éventail 3 au moins pendant quelques semaines à cette période de l’année.

« Les doigts de pieds en éventail », c’est une expression idiomatique qui me plait bien parce qu’elle est très visuelle. On s’imagine allongée sur un transat, à la plage ou au bord d’une piscine, les doigts de pieds à l’air. Et puis l’éventail c’est aussi quelque chose qu’on associe un peu aux vacances puisqu’on l’utilise dans les périodes de grosse chaleur.

un éventail

En Espagne par exemple, dans certaines régions c’est très courant de voir les femmes s’éventer quand il fait chaud. Ou bien, paroxysme 4 de l’oisiveté 5, pourquoi ne pas nous imaginer nous faisant éventer alors qu’on se prélasse dans la chaleur tropicale. Et pourtant l’origine de cette expression est beaucoup moins glamour puisque même si ça veut dire prendre du repos, ne rien faire, cette expression remonte en réalité au Moyen-âge, une époque où, loin de profiter des congés payés 6, les conditions de vie étaient plutôt difficiles. Les mycoses des pieds étaient monnaie courante 7 et pour les soigner on utilisait ce qu’on appelait « des éventails » qui servaient en réalité à maintenir les orteils écartés, ce qui leur permettait de sécher et de faire disparaître ce maudit champignon. Il fallait donc rester immobile et on était contraints au repos.

Je ne sais pas comment c’était vu à l’époque, mais en tout cas aujourd’hui, prendre du repos c’est mal vu. Dans la société moderne, on valorise le travail, la productivité ; on veut de la rapidité, de l’efficacité, de la performance  et se détendre, c’est vu d’un mauvais œil, alors que finalement c’est un besoin et même un droit. Le confinement a en tout cas à mon sens été bénéfique de ce point de vue. Parce que ça nous a permis de remettre les pendules à l’heure (allez voir mon article sur ce sujet justement [cliquer sur la photo]) et de nous rappeler que ça fait du bien de prendre du temps pour soi, de prendre le temps de vivre, de profiter de ce qu’on a au lieu d’en vouloir toujours plus. C’est quand même hallucinant 8 que jusque-là certains couples ou certaines familles ne prenaient jamais le temps de profiter simplement du fait d’être ensemble. Tout le monde a un agenda blindé 9, même les enfants. Après une journée d’école bien chargée, c’est encore tout un tas d’activités extrascolaires qui les attendent. Même en vacances souvent, on se fait tout un programme et finalement on ne prend pas le temps d’être, tout simplement.

Paul Lafargue, un philosophe français, a revendiqué le droit à la paresse dans un livre dont c’était le titre en 1883 10. Il dénonçait l’éloge du travail et les conditions d’exploitation de la classe ouvrière. Bien sûr, dans un pays comme la France, les conditions de travail ont tout de même beaucoup évolué depuis, mais on est toujours dans cette optique « métro-boulot-dodo » 11 où finalement on n’a pas de temps pour soi et on ne prend jamais le temps de ne rien faire. 12

Moi, c’est en allant en Espagne que j’ai appris à profiter davantage de la vie, à voir ce qui est important et à ne pas me prendre la tête 13 et à stresser pour un oui, pour un non 14. Il faut dire que les Espagnols, ils sont quand même assez forts en matière de détente. Même si au départ la pause du midi, à 14h, permettait aux travailleurs les moins fortunés de faire deux journées en une et de reprendre un second travail plus tard dans la journée, aujourd’hui 3 ou 4 heures de pauses servent surtout à faire la sieste pour pouvoir profiter du reste de la journée et se coucher plus tard le soir. Au début j’ai eu beaucoup de mal avec la nonchalance 15 espagnole et je n’ai jamais complètement réussi à me faire à la lenteur et aux atermoiements 16 perpétuels, mais ça a tout de même eu des effets très bénéfiques sur moi. Ça m’a permis de trouver un juste milieu, un équilibre et d’allier d’un côté la rigueur, la justesse et l’efficacité et de l’autre la bonne humeur, la joie de vivre et le goût pour les petits plaisirs de la vie.

Quand je suis en vacances ou en congé, il y a toujours des moments où j’aime avoir les doigts de pieds en éventail et me tourner les pouces 17 , j’ai besoin de déconnecter, de ne rien faire : ne pas lire, ne pas écouter de musique, ni regarder la télé, le téléphone ou autre. Ne rien faire ça veut vraiment dire ce que ça veut. Flemmarder, fainéanter, lézarder 18 au soleil, être là tout simplement et laisser sa pensée vagabonder. Et bizarrement, c’est dans ces moments-là que je deviens le plus créative. Les idées viennent toutes seules. Et ce n’est pas juste une impression.

On parle maintenant en effet des bienfaits de l’ennui ou même de l’art de ne rien faire. Notre cerveau a besoin de se mettre en veille, de se déconnecter de temps en temps : être juste là à rêvasser, à divaguer 19. Moi en fait je ne m’ennuie jamais justement parce que j’aime ces moments où j’ai envie de ne rien faire, ou bien ces moments où j’attends quelque part et je n’ai rien pour m’occuper. Je sais que mon esprit va trouver une occupation et qu’il va me surprendre avec une nouvelle idée. C’est justement quand on libère sa pensée de toute occupation et de toute attente que notre cerveau peut se ressourcer et devenir plus créatif. Les enfants, c’est justement quand ils s’ennuient qu’ils inventent de nouveaux jeux. On se plaint parfois qu’ils sont dans la lune ou qu’ils ont la tête dans les nuages 20 mais c’est une bonne chose. Ils savent instinctivement comment se mettre en veille quand ils en ont besoin et en ne leur permettant pas de le faire, on brime 21 leur potentiel et leur créativité.  C’est une bonne chose de s’ennuyer de temps en temps. Si on ne permet jamais à notre cerveau de faire une pause, on risque la surcharge. Alors avant d’arriver au burn-out, il faut savoir dire stop.

Il ne s’agit pas bien sûr de ne plus rien faire, mais de ménager des petits moments dans nos journées où on fait une vraie pause : sans livre, sans écran, sans écouteurs, seuls avec nous-mêmes, ici et maintenant.

Je vous souhaite donc un été reposant, ressourçant, créatif et inspirant, où vous pourrez faire de nouvelles choses mais aussi prendre le temps de paresser.

Pour ma part, je serai donc très probablement moins présente sur la toile 22, sans pour autant être tout le temps en mode détente puisque que je vais travailler sur différents projets que je vous proposerai, je l’espère, dès la rentrée. Mais je ne me fixerai pas en tout cas pas d’échéances 23, contrairement à ce que j’ai fait ces derniers mois en publiant un épisode toutes les semaines. Je vous rappelle que vous trouverez des notes explicatives dans la transcription du podcast. Profitez de cette période de vacances pour réécouter les autres épisodes et relire les transcriptions et les notes. Vous allez vraiment donner à votre cerveau l’opportunité de s’imprégner de tout ce que je vous ai raconté au fil de ces dernières semaines et ça va vraiment vous permettre de mémoriser les éléments nouveaux et d’en comprendre à chaque fois un petit peu plus. Et si vous voulez être informés de mes nouvelles publications, garder le contact et booster votre français en contexte à travers la vie quotidienne, suivez-moi sur Instagram @thefrenchinstinct .Je vous souhaite un très bel été à tous et je vous dis à une prochaine fois pour une autre bulle de français.

« Merci d’avoir écouté cette émission. Si vous voulez discuter de ce qui a été abordé dans cet épisode, accéder à la transcription et me suivre sur les réseaux sociaux, allez sur mon site http://www.thefrenchinstinct.com . Vous trouverez le lien direct vers cet épisode dans la description du podcast. On se retrouve au prochain épisode, pour une nouvelle bulle de français ! »

Auteure: Katy Beauvais. Source The French Instinct http://www.thefrenchinstinct.com. Tous droits réservés.

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The French Instinct est la section de Katy’s Languages consacrée à la langue et la culture française.  

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Notes

Fam.: langage familier ; Sout.: langage soutenu ; Fig.: sens figuré

  1. Ne pas savoir sur quel pied danser (fig. fam.) : ne pas savoir quelle décision ou quelle position prendre.
  2. En mode détente (fig. fam) : tournure employée à l’oral . Le mode est le programme d’un appareil électrique, électronique ou électroménager, etc. Ex: mode silencieux, en mode éco (économie d’énergie)… Par analogie, on utilise cette expression pour définir notre état, comme si on sélectionnait la fonction sur un bouton de programmation: je me mets / je suis en mode détente / en mode vacances / en mode sportif / en mode action, etc.
  3. Avoir les doigts de pieds en éventail (fig) : ne rien faire, prendre du repos.
  4. Le paroxysme (sout): le plus haut degré d’un phénomène, d’une sensation, d’un sentiment ou d’une maladie.
  5. L’oisiveté (sout): l’état d’une personne qui ne travaille pas, qui ne fait aucune activité.
  6. Les congés payés : la période pendant laquelle un salarié cesse de travailler temporairement tout en continuant à être payé. En France, un salarié à droit à 2 jouer 1/2 de congés payés par mois, qu’il cumule généralement pour prendre plusieurs semaines de vacances par an.
  7. Etre monnaie courante (fig) : être très courant, très fréquent.
  8. Etre hallucinant (fam. fig): être incroyable, très surprenant
  9. Blindé (fam. fig): plein, rempli
  10. Il s’agit d’un manifeste social écrit en 1880 puis réédité en 1883. Moustaki a rendu hommage à ce philosophe dans une chanson (voir la vidéo en fin d’article) .
  11. Métro-boulot-dodo (fam): on l’utilise pour qualifier une vie routinière, ennuyeuse, qui se résume à aller au travail et dormir. Le boulot: le travail en argot; faire dodo: dormir en langage enfantin.
  12. Observez bien l’utilisation des prépositions et article avec « temps » dans les passages soulignés: avoir le temps de faire quelque chose; ne pas avoir de temps; prendre le temps de faire quelque chose ; prendre du temps pour soi .
  13. Se prendre la tête (fig. fam) : s’inquiéter, s’énerver
  14. Pour un oui, pour un non (fam): sans raison valable
  15. La nonchalance (sout): lenteur accompagnée d’indifférence
  16. Un atermoiement (sout): un délai, action de remettre à plus tard
  17. Se tourner les pouces (fam. fig) : ne rien faire
  18. Flemmarder, fainéanter : ne rien faire; lézarder: faire le lézard, paresser au soleil
  19. Divaguer (fig): laisser sa pensée suivre son cours sans but précis ni cohérence
  20. Etre dans la lune / Avoir la tête dans les nuages (fig): être déconnecté de la réalité, rêver tout en étant éveillé.
  21. Brimer: contraindre quelqu’un, faire obstacle à sa liberté
  22. La toile: le web, internet
  23. Une échéance: date d’expiration, date limite pour terminer quelque chose
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